Une campagne électorale : deux styles

La campagne électorale en cours est particulière .Elle ne  ressemble à aucune autre déjà vécue au Gabon .Deux styles et donc deux stratégie s’affrontent. D’un côté, on assiste au folklore et rituel traditionnels, ceux qui ont toujours éloigné les Gabonais des enjeux réels d’une élection présidentielle : élire à la tête de l’Etat, un homme ou une femme capable de satisfaire leurs aspirations profondes ; de résoudre leurs problèmes de santé, de scolarisation de leurs enfants, d’emploi, d’infrastructures routières, de sécurité, de confort alimentaire et de vie chère, de logement etc. le folklore et le rituel  commencent très souvent par des appels à candidature, comme si on forçait tel ou tel candidat à se porter candidat contre sa propre volonté, des marches et des motions de soutien, des meetings  de milliers et des milliers de personnes, tel que les partisans d’Ali Bongo Ondimba , les mêmes qui sont aujourd’hui ceux d’Oligui Nguema, les mobilisait il y a à peine moins de deux ans pour finalement mordre la poussière. A ces folklore et rituel s’ajoutent les tee-shirts, les pagnes à l’effigie du candidat, de grandes affiches de mégastars, tout le tralala relevant du « déjà vu ».

Si tout ceci garantissait la victoire, Ali Bongo Ondimba aurait été élu haut la main et sans coup férir en 2009, 2016 et 2023. Ce qui n’a pas été, et malheureusement pour lui, le cas, puisqu’il a été obligé de recourir, à chaque fois, à des coups de force pour s’imposer comme vainqueur. On se souvient de son meeting monstre de Nkok en 2023, dans la nouvelle zone industrielle de Libreville. Une véritable marée humaine avait envahi les lieux et la foule était presqu’en transe. Un se souvient encore de celui tenu à la gare ferroviaire d’Owendo, toujours en 2023. Des accueils en province, n’en parlons plus. L’aéroport d’Oyem par exemple, dans le nord du pays, avait refusé du monde. C’était, disaient les mêmes flagorneurs d’aujourd’hui, l’ « hospitalité légendaire des populations du « Grand Nord ». Si on juxtaposait les images prises à cette époque et celles d’aujourd’hui, on se rendrait très vite compte qu’il s’agit des mêmes visages, banderoles, pancartes et slogans. Les groupes d’aliénation –oh pardon, d’animation, devenus dans la modernité chère à Barro Chambrier, groupes sociaux culturels ne seraient pas différents.

Il s’agit –là des manifestations de la prostitution politique qui gangrène une bonne partie du corps social gabonais depuis plusieurs années. Si elle n’était pratiquée que par les couches sociales les plus démunies, celles qui n’ont  droit, rien qu’à un seul repas par jour –si possible- et qui croupissent dans les matitis des bidonvilles ou qui tirent le diable par la queue en milieu rural, cela se comprendrait. Lorsque le ventre est vide, n’importe qui serait prêt tout, y compris se livrer à la prostitution. Curieux alors de constater que c’est beaucoup plus l’élite intellectuelle et politique qui est aux premières lignes de cette prostitution et qui la contamine même aux populations.

Prenant le contrepied du folklore et du rituel ci-dessus décrit, d’autres candidats, à l’exemple d’Alain Claude Bilie By Nze, ont opté pour une stratégie de proximité. Elle consiste à aller auprès des populations, là où elles vivent, pour certains les pieds dans l’eau, cohabitant avec des rats, cafards et autres dangereux reptiles, pour s’imprégner de leur vécu quotidien, estimant que les tee-shirts , les grandes affiches, les meetings monstres auxquels elles prennent part, après avoir été transportés, en contrepartie d’une insultante somme de cinq mille (5000) francs CFA, ne peuvent les aider à trouver des solutions à leurs problèmes.

Cette stratégie étonne et surprend. Cependant, faut-il le reconnaitre, c’est aussi là les signes et les symboles de la rupture prônée.

Laisser un commentaire