Après le « gibier » : le « gâteau »

Certains Gabonais, une minorité, la même, sont vraiment gâtés. Des cuisines de Lewai –devenu Bongoville- on leur offrait régulièrement du « gibier ». C’est ce que recommandait un vieux sage des plateaux Batéké, lequel  enseignait que : quand quelqu’un du village va et revient de la chasse, c’est tout le village qui se partage le gibier.

 La leçon fut bien comprise et assimilée. Du coup, pendant 42 ans, les habitants dudit village se sont gavés, ils se remplissaient la panse, pendant que leurs voisins mourraient de faim. Si ce n’était qu’un petit village, les dégâts n’auraient pas été d ‘une très grande ampleur. Mais il s’agit d’un grand village appelé « Gabon », s’étendant sur une superficie de 273000 kilomètres carrés et peuplé de près de 2 millions d’habitants .Les dégâts sont donc inestimables.

Alors que certains Gabonais cherchaient à les évaluer et à les réparer, voilà que de la pâtisserie de Ngouoni, pas très loin de Bongoville, est offert un gâteau aux habitants de ce petit bled du Sud-Est du Gabon, qu’ils vont se partager avec ceux de Nkoum Yeguing, dans le canton Bissok du département du Woleu (Oyem), sans savoir qui en en est le pâtissier. Il leur est tout simplement dit que le « pouvoir, c’est comme un gâteau, si vous m’accompagnez et si on gagne, on se le divise, il ne faut pas manger seul … ». Tout un programme !

Le Gabon est ainsi perçu comme un « gâteau » que va se partager une minorité de citoyens, pourvu qu’ils soutiennent un candidat à l’élection présidentielle. Les mêmes qui, hier, se sont partagés le gibier, vont désormais se  partager ce gâteau, beaucoup plus leurs progénitures, puisque certains d’entre eux se retrouvent aujourd’hui dans l’au-delà, probablement en continuant à se partager le gibier.

Quid alors de la situation économique du pays, de la carence notoire des infrastructures et des équipements sociaux, de la déliquescence des systèmes éducatif et sanitaire, de la dépendance alimentaire  vis-à-vis de l’extérieur, du désert industriel, des inégalités sociales et de la paupérisation généralisée, font-ils partie des ingrédients dudit gâteau ?

 Apparemment non. Ces grands pans du développement économique et social du pays vont désormais être, et de plus en plus, abandonnés, pendant qu’une minorité se partagera ledit gâteau et se gavera, comme dans le passé.

Le gâteau en question n’attendra pas le résultat de l’élection présidentielle pour être livré. Il l’a été dès le début de la transition. Des frères et des sœurs, tantes, oncles, cousins et neveux ont vite été appelés autour de la table pour le festin. Certains ont tellement eu un appétit gargantuesque que, la diarrhée les a vite attrapés .Ils s’en sont difficilement remis. Ils se battent aujourd’hui comme de beaux diables, en créant des associations tribales, claniques et familiales dans le souci d’être rappelé autour de la mangeoire.

Le Gabon passe ainsi de l’idéologie du gibier à celle du gâteau, au moment où sous d’autres cieux, on en est à l’intelligence artificielle.

 Un grand bond en arrière, en se confinant essentiellement dans l’art culinaire !


Laisser un commentaire