Il y’ a-t-il encore un parti politique dans ce pays et à quoi servent finalement tous ces partis ? S’interroge-t-on au sein de l’opinion.
Le Gabon est ainsi, et véritablement, un cas atypique. Il va falloir enseigner ce cas dans des écoles de sciences politiques. Sur les bords du Como, on innove, tout est spécial et n’est fait comme ailleurs. C’est l’unique pays au monde où les militaires abandonnent leurs treillis, font irruption dans l’arène politique, participent aux élections, gouvernent, avant de regagner plus tard les casernes. Tout ceci en vertu de dispositions constitutionnelles qu’ils auraient imposé au peuple, avec la complicité de ceux-là qui se voulaient hier de farouches opposants à un régime déchu, lequel vilipendaient-ils, l’accusant d’autocratisme et donc d’antidémocratique.
Ne vaut –il pas mieux un régime civil autocratique qu’un régime militaire autocrate ? Se demande-t-on dans les chaudières, les bars et les bistrots, partout dans le pays.
Le Gabon est aussi, par les temps qui courent, le seul pays au monde où prolifèrent des partis politiques (105), sans que l’un d’eux ait l’ambition de conquérir le pouvoir, leurs ambitions, et finalement leur seul objectif, se limitant à accompagner le détenteur du pouvoir.
Avant-Hier, à quelques exceptions près, ils accompagnaient Omar Bongo Ondimba au sein d’une nébuleuse dénommée « Majorité présidentielle ». Hier ils étaient tous autour et avec Ali Bongo Ondimba au sein, cette fois-ci, d’une autre grande nébuleuse dénommée « Majorité républicaine et sociale pour l’émergence ». Aujourd’hui les mêmes sont au pas militaire, derrière Brice Clotaire Oligui Nguema, au nom d’un « Rassemblement des Bâtisseurs », après une errance politique avec « Ossimane », devenue « Pensée Patriotique (sic).
De tels pèlerins politiques peuvent-ils bâtir un édifice stable ? Beaucoup de Gabonais en doutent. Ce creuse de plus en plus le fossé du désamour entre l’arène politique et ses principaux acteurs et les populations, et risque de se traduire dans les isoloirs par une forte abstention. « Tous les mêmes » dit-on au sein de l’opinion.
Admirez donc le parcours ô combien instable et aventuriste de tels pèlerins politiques ! Il est difficile dans ce cas de parler de partis politiques, mais plutôt de mercenariat politique pratiqué par des hommes et des femmes sans conviction, sans ambitions, sinon rien que pour eux-mêmes, sans scrupules et sans moral, lesquels ne sont attirés que l’appât du gain. Comme tout bon mercenaire, ils se livrent au plus offrant et n’ont que faire de qu’en dira-t-on.
L’on comprend dès lors, pourquoi depuis 1990, le paysage politique gabonais est confus et diffus, sans frontières idéologiques entre les uns et les autres, et où les transhumances politiques sont les pratiques les plus prisées.
Ailleurs, dans des pays véritablement démocratique, là où la confrontation des idées , des projets et des programmes permet de tracer des lignes de démarcations entre différents pôles politiques, l’on est libéral, néolibéral, démocrate- chrétien, social-libéral, socialiste, social- démocrate, socialiste ou communiste.
Au Gabon, sous l’équateur, naissent des formations politiques sans aucun marqueur idéologique, sans architecture organisationnelle, sans siège social, sans sympathisants et encore moins des militants. Généralement, et dans la majorité des cas, ces groupuscules politiques, abusivement appelés partis, épousent des contours ethniques, tribaux, claniques, voire familiaux. Ce qui montre bien que leurs ambitions ne vont guère au-delà des ethnies, tribus, clans et familles de leurs prometteurs. Il est donc logique qu’ils n’investissent aucun candidat à une élection présidentielle, capitale pour tout régime politique républicain.
Dès leur prise du pouvoir le 30 août 2023, les militaires les avaient diabolisés en les rendant responsables, à tort ou à raison de tous les maux dont souffre le Gabon. Leur chef, Brice Clotaire Oligui Nguema ne mit pas les gants en les qualifiants de « politicards ». La plupart d’entre eux furent écartés de la grande messe dite « Dialogue national inclusif », finalement exclusif. Ce fut la première fois qu’il est organisé dans un pays des assises politiques excluant les principaux acteurs en la matière, les partis politiques.
Et ce fut leur procès en règle. Que n’a-t-on pas dit de leur existence et de leurs responsabilités dans la situation actuelle du pays ! Il était même question d’élaborer une nouvelle loi les concernant, avec effet rétroactif, laquelle leur imposerait des critères draconiens pour leur survie.
Le Parti démocratique gabonais fut particulièrement mis au pilori. Il fut question de bannir, pendant un moment, certains de ses hiérarques de la vie politique nationale en les rendant inéligibles. D’autres furent menacés de poursuites judiciaires.
Puis, à beau susciter la création d’associations, tous azimuts, pour les supplanter, le CTRI et son chef semblent s’être rendu compte qu’ils ne pouvaient rien sans eux. D’où la réhabilitation du PDG et la tentative de lui redonner ses lettres de noblesse. La réaction de l’opinion n’a pas tardé. D’aucuns ont alors commencé à parler de CTRI-PDG.
Toute chose ayant irrité certains généraux membres du CTRI. D’où la création de groupuscules sans substance réelle tels l’UPR de Gervais Oniane, le Rassembleur de Guy Bertrand Mapangou et bien d’autres encore. Les groupuscules existant déjà sont devenus, eux –aussi, hyperactifs, le CTRI et son chef leur ayant donné un peu d’énergie, eux qui n’attendaient plus que le coup de grâce pour disparaitre définitivement de la scène politique gabonaise.
Et en ces moments de précampagne électorale, ils occupent de nouveau cette scène, tous derrière le candidat qui leur a donné un nouveau souffle. Pas étonnant alors qu’aucun d’entre eux n’ait investi un candidat. Peut-on s’opposer à celui qui vient de vous permettre de survivre de nouveau ?
Du coup, en dehors de beaucoup de ces groupuscules qui vivotaient déjà depuis fort longtemps, certains formations politiques que l’on croyait d’envergure nationale, avec fortes ambitions, se sont mises à leur tour au pas militaire. Tel est le cas du PDG, de l’Union nationale, de les Démocrates, du RPM, du RPG et consorts. Que reste-il du pluralisme politique dans le pays ? Rien, C’est presque le retour au parti unique, avec un seul chef, Brice Clotaire Oligui Nguema ; une seule nation ; un seul peuple.
Cela rappelle bien une certaine époque !