Beaucoup de Gabonais donnent aujourd’hui l’impression de fermer les yeux, de boucher leurs oreilles ainsi que leurs nez, pour ne voir, entendre et sentir tout ce qui se trame devant eux, en cette période de fin de Transition politique dans le pays.
L’opportunisme, l’envie de goûter aux délices du pouvoir, y compris ceux-là qui y ont déjà été, le népotisme, le clientélisme, le clanisme, le tribalisme, le régionalisme, la passion sans discernement ; toutes ces tares décriées par Omar Bongo Ondimba, peu de de temps avant de s’en aller dans l’au-delà, semblent avoir repris le pas sur la raison, le rationnel, ce que d’aucuns appellent le « kounabélisme », le vivre ensemble dans une nation en pleine gestation et les intérêts du plus grand nombre.
Les faits, les actes et les paroles sur lesquels bon nombre de citoyens gabonais ferment leurs yeux, bouchent leurs oreilles et leur nez sont pourtant clairs et devraient amener les autres à procéder un débat de conscience, avant que la situation ne s’empire, au point où certains pourraient regretter une époque que l’on croyait révolue avec les évènements du 30 août 2023.
Il y a –il des intellectuels dans ce pays, cette classe d’hommes et de femmes à même d’éclairer la lanterne et de guider ceux qui sont plongés dans l’obscurantisme, conditionnés qu’ils sont par une élite cupide et rétrograde, laquelle ne cherche qu’à assouvir ses mesquines ambitions alimentaires ? On n’en a pas l’impression.
Parlons dans un premier temps des coups d’Etat, plus particulièrement de celui du 30 août 2023. Ce n’était pas le premier de l’histoire du Gabon contemporain. Le 18 février 1964, de jeunes officiers de l’armée gabonaise s’en étaient pris au pouvoir en place à l’époque, celui de Léon Mba Minko m’Edang. Ce fut le premier coup d’Etat militaire du Gabon postcolonial. Ils le justifiaient par les dérives autoritaires du tout premier chef de l’Etat gabonais, lequel usait de méthodes dictatoriales dans la gestion du pays.
Une fois démis de ses fonctions, sans effusion de sang, faut-il le rappeler, ces jeunes officiers allèrent chercher Jean Hilaire Aubame, un civil, pour constituer un gouvernement de transition auquel ils n’y prirent part. Bien malheureusement, une intervention de l’armée française réinstalla le chef de l’Etat déchu ainsi que l’ordre néocolonial.
Le 30 août 2023, la Garde républicaine, celle qui gardait comme la prunelle des yeux, le régime des Bongo, père et fils, a mis un terme au pouvoir exercé par Ali Bongo Ondimba. Les raisons évoquées, le fait pour l’organe chargé de gérer et d’organiser l’élection présidentielle du 26 août[CM1] 2023, le Centre Gabonais des Elections (le CGE), d’avoir « tronqué » les résultats dudit scrutin. Ce qui laissait supposer qu’ils connaissaient, eux, les auteurs de ce coup d’Etat, les vrais résultats, ainsi que le véritable vainqueur. Curieusement, personne ne se pose aujourd’hui la question de savoir pourquoi n’ont-ils pas rendu ces résultats publics et déclaré le véritable vainqueur ?
Nul ne se emble s’en préoccuper.
Mieux, le 04 septembre 2023, devenu président de la transition, au nom d’un Comité chargé de restaurer les institutions, Brice Clotaire Oligui Nguema déclara publiquement et solennellement que les militaires étaient là le temps d’organiser des élections libres, transparentes, inclusives et crédibles, avant de remettre le pouvoir aux civils.
Qu’a-t-on vécu par après ? Ils ont commencé par tenir des assises dites « Dialogue national inclusif » à l’issue desquelles il a été recommandé d’exclure de la compétition électorale du vote du futur président de la république gabonaise, tous les citoyens ayant au moins un parent d’origine étrangère ; ceux ayant moins de 35 ans et plus de 70 ans, d’autres en situation de handicap ; d’autres encore marié(es) un étranger ou à une étrangère ; ceux qui n’ont pas résidé au Gabon de manière continue pendant trois ( 3) ans ; la progéniture d’un chef de l’Etat sortant.
La constitution adoptée le 16 novembre 2024 a entériné toutes ces mesures discriminatoires, taillant ainsi un costume sur mesures au candidat à l’élection présidentielle qui sera investi par le CTRI. Et le nouveau code électoral qui a suivi a ouvert de l’arène politique aux hommes en treillis, une première dans le monde.
Cette parole trahie, beaucoup ne semblent pas s’en offusquer. Tout est fait comme si tous ces actes et faits relevaient de la logique. Des associations à caractère clanique, voire familial, ont été créés pour dissimuler la forfaiture, le pays est désormais émietté en micro-entités géo-ethniques qui revendiquent la paternité de celui-là qui est censé être à la tête d’un Etat dont l’unité nationale et la cohésion sociale sont encore très fragiles.
Et tout ceci n’inquiète personne. L’heure est la flagornerie, au griotisme, au renard face au corbeau. Peu importe si les traités internationaux condamnent le maintien au pouvoir des auteurs de coups d’Etat. Peu importe également si avec ce maintien au pouvoir des auteurs du coup d’Etat du 30 août 2023, ces derniers se sont octroyés constitutionnellement tous les pouvoirs au niveau de l’exécutif, le président de la république devenant en même temps le chef du gouvernement, celui qui peut dissoudre l’Assemblée nationale sur un coup d’humeur, le Président du Conseil supérieur de la magistrature, le chef suprême des armées. En quelques sorte celui-là qui a désormais le droit de vie et de mort sur tous ses concitoyens. Le retour de la gestion des élections politiques au Ministère de l’Intérieur et ses démembrements locaux, ne préoccupe non plus grand monde, en dépit du fait que ce département ministériel a été l’épicentre de toutes les crises politiques postélectorales vécues dans le pays depuis décembre 1993.
Qu’en pensent notamment ceux-là qui se prenaient, il y a à peine moins de deux ans, pour de farouches et irréductibles opposants au régime d’Ali Bongo Ondimba, les Jean Ping, Zacharie Myboto, Didjob Divungi Di Ding, Paulette Missambo, Séraphin Moudounga, Charles Mba Ekome, Alfred Nguia Banda, François Ndong Obiang, Barro Chambrier et consorts ?
Ils semblent, pour la plupart, avoir avalé leurs langues. Ils n’en disent plus mot, lors qu’ils ne chantent pas des louanges à la gloire du CTRI et de son chef, certains ne pouvant plus s’exprimer la bouche pleine.
Grave pour des hommes et des femmes qui dénonçaient, avec véhémence, il y a moins de deux ans, l’autocratie, c’est dire une hyper-concentration des pouvoirs dans les mains d’un seul individu ; le non-respect des règles les plus élémentaires de la démocratie ; la violation des libertés fondamentales, le bafouement de l’Etat de droit !