Après le Parti-Etat, le Parti-armée

A l’époque du parti inique, Le PDG fut décrété Parti-Etat. Le patri politique crée en 1968 par Albert Bernard Bongo et l’Etat gabonais étaient devenus fusionnels, ce jusqu’en 1990. L’adhésion au PDG, volontaire ou involontaire, les prélèvements financiers sur les salaires des tous les agents de l’Etat, ainsi que ceux des sociétés parapubliques et privées aux fins d’alimenter les caisses du parti, la quasi-obligation faite aux gabonaises d’aller trémousser pour le plaisir des yeux des dignitaires du parti, tout en chantant à la gloire du «  Président-fondateur », du « grand timonier », du « guide éclairé », la prestation de serment des hauts cadres du parti devant ce dernier ; tout ceci concourrait à entretenir la confusion entre l’Etat gabonais et le PDG. On était là, au royaume de Bongo -père

Les mêmes pratiques ont persévéré avec l’avènement d’Ali Bongo Ondimba au pouvoir. Sacré « Distingué Camarade Président », le fils devenu roi eut droit à la même allégeance, aux mêmes honneurs, à la même gloire, aux mêmes lauriers tissés sur sa tête. Et le royaume continua à fonctionner dans ses beaux jours, avec la même cour de noblesse, celle que l’on retrouve aujourd’hui autour de Brice Clotaire Oligui Nguema, le trône ayant été tout simplement déplacé de Bongoville (ex Lewai) à Ngouoni.

Sauf que cette fois-ci, le Parti- Etat n’est plus le PDG, mais plutôt l’armée gabonaise dans ses différentes composantes. C’est ce que signifie la cérémonie, haute en couleurs, du samedi 1er mars au stade de l’amitié sino- gabonaise d’Angondjé. Toutes les unités des forces de défense et de sécurité y étaient présentes, y compris les douaniers, les sapeurs –pompiers, les agents des eaux et forêts et ceux de la sécurité pénitentiaire. La parentèle n’était pas en reste.

 Une démonstration de force destinée  à faire savoir que le pays est désormais sous contrôle total des hommes et femmes en treillis. Ce n’est donc plus le Parti démocratique gabonais qui fait désormais la loi au Gabon, la pluie et le beau temps, mais désormais l‘armée. Le parachutage du chef du CTRI, devenu civil sans l’être, lors de cette fameuse cérémonie d’Angondjé est tout un symbole. En tenue d’apparat, c’était fait comme s’il venait conquérir le Gabon, venant d’une autre planète.

 Cette militarisation du pouvoir au Gabon était déjà presqu’une réalité à l’époque des Bongo, père et fils, sauf qu’à cette époque, les civils couvraient les hommes en treillis. Cette fois-ci, ces derniers ont décidé d’agir eux-mêmes à visages découverts, afin que nul n’en ignore.

 Le terrain avait déjà été déblayé et balisé par un code électoral qui permet désormais à ces hommes et femmes hommes en treillis d’abandonner momentanément leurs uniformes pour faire leur entrée dans l’arène politique, tout en ayant avec et derrière eux leurs armes et troupes. Ce qui augure des combats à forces inégales avec des civils aux mains nues.

Reste maintenant à savoir combien de temps pourrait durer une telle situation ? Protégés par les mêmes hommes en treillis, les civils de Bongoville et leurs affidés de partout ailleurs, devenus des soutiens indéfectibles du CTRI, sont restés au sommet de l’Etat pendant plus de cinq (5) décennies, se régénérant d’une génération à une autre, les fils se substituant à leurs géniteurs. Combien d’années en faudrait-il à ces hommes en treillis ?

 Il est difficile de répondre à cette question ; ce d’autant plus que l’on sait toujours de quelle manière s’installe un pouvoir militaire, il est cependant hasardeux de prévoir sa fin.

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