Leurs parcours politiques respectifs sont différents et diamétralement opposés, Bertrand Zibe Abeghe et Alain Claude Bilie By Nze. Le premier a été formé à l’école des « Capistes » créée dans les années 90 par Ali Bongo Ondimba.
Exécutants de basses besognes, ces « Capistes » ont semé la terreur dans le pays pendant un moment, leur mission principale ayant été de s’en prendre à l’opposition de l’époque. Tous les coups leur étaient autorisés : perturbations des meetings et autres rencontres publiques, exactions sur de paisibles citoyens, braquages, « intox », désinformation etc.
Ali Bongo Ondimba y veillait au grain, avec un œil bienveillant. De véritables voyous de grand chemin ces « Capistes » ! Les Gabonais en gardent un bien mauvais souvenir. Au fil des années, certains ont fait leur conversion dans le bisness, à l’instar de Bertrand Zibe Abeghe, d’autres ont été victimes de règlements de comptes au sein même des différentes sphères du pouvoir. Le défunt et regretté Obiang Beyeme, alias « Fantômas », en a payé de sa vie.
Toujours inspiré, Bertrand Zibe Abeghe s’est alors mis aux côtés d’un certain Dr Mengara pour créer, depuis les Etats-Unis d’Amérique, le Mouvement « Bongo doit partir » – le fameux et éphémère BDP- qui n’aurait été pour lui qu’un nouveau tremplin pour rebondir politiquement et se rapprocher du pouvoir des Bongo.
Puis, lorsque la Société « Olam » s’implanta dans les contrées de Minvoul, il fit semblant de s’y imposer au nom de la protection de la nature. Ce qui lui procura une certaine aura auprès des populations locales, en même temps qu’il redevint visible sur les écrans-radars du régime politique d’Omar Bongo Ondimba. Occasion toute faite pour lui de tenter briguer un siège de député à l’Assemblée Nationale.
La première tentative fut un échec face au candidat Lévy Ntem Allogho .Ayant mal digéré cet échec, il fut de nouveau habité par ses instincts de hors-la – loi en coupant les routes de sa circonscription électorale. Et l’élection fut annulée. Son challenger ayant refusé de maintenir sa candidature lors du scrutin de rattrapage, un boulevard lui fut alors ouvert pour l’hémicycle. C’est ainsi qu’il devint député à l’Assemblée nationale. Admirez le parcours du baroudeur sans foi ni loi[CM1] !
Dès qu’Ali Bongo accéda au pouvoir par dévolution monarchique, il recruta de nouveau, toujours pour l’exécution de basses besognes. Il avait reconnu lui-même avoir été dans l’hélicoptère qui supervisait la répression des populations qui s’étaient massivement rendu à Rio pour un meeting de l’opposition, laquelle répression s’était soldée par l’assassinat de Mboulou Beka, avant le coup d’éclat de Bolossoville qui redit célèbre. Ce jour-là il avait démissionné du PDG, en pleine campagne électorale, devant le candidat Ali Bongo Ondimba. C’était en 2016. Il rejoignit Jean Ping quelque temps après, suite à des négociations qui lui rapportèrent beaucoup d’espèces sonnantes et trébuchantes. Voilà le parcours de celui qui défie aujourd’hui Alain Claude Bilié By Nze.
Ce dernier a, quant à lui, suivi une toute autre trajectoire. Leader étudiant syndicaliste en tout début des années 90, exclu de l’Université Omar Bongo pour justement ses activités syndicales il rejoignit le Rassemblement national des Bûcherons de Paul mba Abessole où il fit ses premières classes en politique. Son talent oratoire, l’exemplarité de son militantisme lui permirent de gravir les marches de cette formation politique de l’opposition. En raison de fortes divergences avec son leader, il en fut exclu en 2010. Entre temps, avant même la disparition d’Omar Bongo Ondimba, le RNB avait déjà rejoint la majorité présidentielle. Repéré par le défunt chef de l’Etat, il en fit un ministre délégué à la communication, avant qu’il ne devienne un simple député à l’Assemblée Nationale, lorsqu’Ali Bongo s’empare des rênes de l’Etat en 2009. Il va être un peu plus tard rappelé au gouvernement pour occuper divers portefeuilles ministériels. Le sacre va être sa nomination au poste de Premier ministre, chef du gouvernement, en janvier 2023, 7mois avant le coup d’Etat militaire du mois d’août de la même année.
On a donc là deux trajectoires différentes et diamétralement opposées. Il y a d’un côté celle d’un délinquant, exécutant de basses besognes, ayant fait ses premières classes parmi les « Capistes » ; et de l’autre celle d’un homme d’Etat pétri de culture politique qui s’est façonné au contact de respectueuses personnalités.
Tout débat entre les deux relèverait donc de la plaisanterie le second, Alain Claude Bilie By Nze ne pouvant débattre rien qu’avec des acteurs politiques de son rang.