Le Gabon de plus en plus fragmenté en micros-entités communautaires géo-ethniques

« Ossimane », « LRG », « FEG Ya Bitam », les « Filles Nkodjeing », les « Yeguing de France », « Aba’a » les « Mériés, Metiés », les « Ogmariens », » « Action Ogivine », tels sont, entre autres, les associations et groupes ethniques, tribaux, claniques et régionalistes qui germent, tels des champignons, et fleurissent, ces derniers temps en terre gabonaise .Et la dynamique du repli identitaire amorcée depuis l’avènement du CTRI suit inexorablement son cours, donnant un coup d’arrêt à l’œuvre de construction de la jeune nation gabonaise. Plus s’enracinera le régime militaire, plus elle s’accélérera.

La difficulté de construire cette nation gabonaise venait déjà du fait de la pluralité ethnique du pays, beaucoup de Gabonais mettant d’abord en avant le fait d’appartenir à une ethnie  plutôt qu’à une nation. C’est la raison pour laquelle Omar Bongo Ondimba avait pensé que le parti unique était la solution. Il en faisait le « creuset de l’unité nationale ».

 Avec la géopolitique, c’est-à-dire un habile dosage géo-ethnique de partage du pouvoir, il tenta une autre expérience de consolidation de l’unité nationale. Il n’y parvint guère, dans la mesure où ce sont les élites des différentes composantes ethnolinguistiques du pays qui furent appelés aux responsabilités et qui en profitèrent.

Ces deux réponses à la problématique de la construction de la nation gabonaise ont donc connu des fortunes diverses, et l’œuvre reste inachevée. La preuve est la multitude de partis politiques qui foisonnent et essaiment le paysage politique national, épousant généralement les contours géo-ethniques, chacun de leurs leaders se repliant dans sa communauté ethnolinguistique.

Pour mettre un terme à cette prolifération de groupuscules, abusivement appelés partis politiques, les autorités de la transition ont commencé à mener la guerre contre ce que Brice Clotaire Oligui Nguema a qualifié de « politicards ». Une majorité de ces partis politiques a ainsi été exclue du Dialogue national inclusif-exclusif d’Angondjé. La première fois que l’on tente de vouloir soigner une maladie sans recourir aux médecins. Et cela a donné les résultats que l’on sait. Le diagnostic posé relève plutôt d’un règlement de comptes, en lieu et place d’une thérapie. Cela a été  la discrimination et le renforcement de l’autocratie. Deux Thérapies ayant pour objectif : frayer et baliser le chemin d’un seul candidat à la Présidence de la République pour sortir la transition.

Doivent l’accompagner sur ce chemin, des associations et groupes ethniques, tribaux, claniques et régionalistes ayant supplanté les formations politiques traditionnelles. Du coup, d’aucuns désertent même ces formations politiques traditionnelles, qui n’ont plus désormais pignon sur rue,  pour aller rejoindre ces associations et groupes. À l’allure où vont les choses, on risque de ne plus parler de multipartisme au Gabon, mais plutôt de multi-ethnisme. Et c’est le corps social du pays qui sera en lambeaux, chacune des  ethnies s’étant repliée sur elle-même, par le biais d’une association ou d’un groupe constitué essentiellement des siens. Un retour à l’âge de la pierre taillée. Ce qui voudrait dire que le CTRI aurait libéré le Gabon pour le fragmenter.

L’ethno- centrisme est un venin qui cause souvent de pires torts à des nations en gestation. Beaucoup de pays en Afrique, notamment subsaharienne, en ont souffert.

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