Le CTRI : comme d’un « monstre » qui avale

Personne ne sait jusqu’à ce jour quelle est la réelle configuration du Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions gabonaises. Une véritable nébuleuse dont la composition n’est connue de personne. D’aucuns parlent même d’une hydre à plusieurs têtes dont la plus visible est son Président. Certaines de ces têtes sont militaires, d’autres civiles.

Et le « monstre » avale tous les jours qui passent. Sa première victime fut l’ex-opposition au pouvoir d’Ali Bongo Ondimba. Elle a complétement disparue, engloutie qu’elle a été, avec ses revendications d’hier, par  l’ « ogre ».

 Du coup, il n’y a plus personne pour exiger la séparation des pouvoirs et dénoncer l’hyper- concentration desdits pouvoirs dans les mains d’un seul individu, le Président de la République. Aucune voix ne s’élève, par les temps qui courent, pour exiger la transparence électorale, comme le faisait en 2016 l’Union nationale, en parlant de « transparence électorale absolue, comme préalable pour la tenue de tout scrutin.

 Au contraire, le Ministère de l’Intérieur peut se réapproprier l’organisation et la gestion totales des processus électoraux, sans nul ne trouve à redire.  Les militaires peuvent désormais faire leur entrée dans l’arène politique et battre campagne arborant leurs uniformes, sans que cela ne fasse scandale. Une exception bien gabonaise ! Des droits de l’homme peuvent être bafoués, des Gabonais torturés à mort et d’autres jetés en prison tels de vulgaires voyous pour avoir alerté l’opinion sur certaines dérives dictatoriales du CTRI et sur des situations dommageables, sans que nul ne lève le moindre petit doigt

Une fois avalés par le CTRI nos ex-opposants, qui s’affublaient hier le qualificatif « radical » (sic), ne peuvent plus voir tous ces faits et actes qu’ils dénonçaient hier, le verbe haut, le ton ferme, sous l’ère d’Ali Bongo Ondimba. Eux se trouvent aujourd’hui dans un autre univers, dans le ventre du CTRI. Il ne subsiste plus que les spectres des Jean Ping, Zacharie Myboto, Paul Marie Gondjout, Barro Chambrer, Didjob Divungi Di Ding, Paulette Missambo, Jean François Ntoutoume Ayi, Davain Akure, François Ndong Obiang, Séraphin Moudounga et consorts sur la scène politique nationale.

La nébuleuse société civile, très en verve sous Ali Bongo Ondimba, a elle aussi été avalée .De ce côté-là non plus, il n’y a plus d’effets de manche, de coups de menton et de rodomontades. Tout va désormais pour le mieux au monde, en terre gabonaise. Presque le paradis terrestre quoi ! Du fond du ventre du CTRI, Marc Ona Essangui, par exemple, n’émet plus que des sons tribalistes, Gorges Mpaga braille, Foumboula gémit et Georges Ngoussi distille l’évangile selon Saint Georges.

La dernière proie à avoir été avalée est le PDG, du moins de la tête jusqu’au tronc, puisque quelques pattes refusent d’être englouties et font de la résistance. Tel est le cas, par exemple, d’Ali Akbar Onanga Y’Obeghe et ses amis.

 Il faut reconnaitre que ce n’est guère là une grande surprise. Ceux qui tiennent aujourd’hui les rênes de l’Etat sont les mêmes qui ont protégé, au prix du sang de nombreux Gabonais, et ce pendant de longues années, le Président-fondateur du PDG, le Grand Camarade Omar Bongo Ondimba, puis, le Distingué Camarade Président Ali Bongo Ondimba. D’ailleurs, dès les premières heures de la prise du pouvoir par le CTRI, quelques Pdgistes, et non des moindres, étaient déjà aux côtés des militaires auteurs du coup d’Etat. Dans le gouvernement de Transition constitué par la suite, y faisaient partie des figures emblématiques de l’ancien parti unique tel : Camélia Ntoutoume Leclercq, Jeannot Kalima, Hermann Immongault, Marcel Abeke et bien d’autres encore peu connus du grand public. D’autres figures emblématiques étant allées faire un tour dans l’opposition, histoire de se recycler, en font également partie. On les retrouve également à la tête d’autres organes de la Transition, Assemblée nationale où trône un certain Jean François Ndoungou, Sénat, Conseil économique, social et environnemental.

A force donc d’avaler tout le monde, et à l’allure où vont, il n’y aurait plus que le CTRI et ses avatars associatifs au sein du paysage politique national. Et ce serait le retour au parti unique.

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