Compte tenu de leur statut particulier et de leur mission régalienne qui est celle de défendre l’intégrité du territoire national et d’assurer la sécurité des personnes et des biens, la Constitution de la République gabonaise interdit toutes implications et activités politiques aux militaires ainsi qu’aux magistrats.
Il en est ainsi de tous les pays du monde sans exception- le Gabon va certainement être cette exception- Il s’agit, dit-on, d’une disposition transitoire. Si tant qu’elle l’est, et pendant que nous sommes, pourquoi ne pas permettre aussi aux personnes de moins de 35 ans et de plus 70 ans de se porter, elles- aussi, candidats à l’élection présidentielle ? Il en est de même de citoyens et citoyennes gabonais(es) binationaux, n’ayant pas résidé dans le pays pendant trois ans d’affilé, en situation de handicap, marié(es) un(e) étranger(ères) ou dont le parent est le président sortant.
En ouvrant cette porte pourtant fermée par la loi fondamentale du pays, ne met-on pas ce dernier en situation de danger permanent face à des menaces aussi bien intérieures qu’extérieures ?
A l’intérieur, imaginons deux ou trois officiers supérieurs, chefs de corps, et donc ayant sous leur commandement des troupes et des armes ; imaginons disions-nous qu’ils aient tous les trois des ambitions de diriger le pays, la loi leur autorisant de devenir candidats à des élections politiques. Qu’adviendra-il si une crise postélectorale éclate, tels que l’on les a vécus au Gabon depuis 1993 ?
Depuis cette date, toutes les crises vécues dans le pays n’ont opposé que les populations civiles aux mains et les forces de défense et de sécurité notamment, et beaucoup plus, une Garde républicaine surarmée. Cela s’est souvent soldé par de nombreux blessés, des mutilés et des disparus. Ce fut plus particulièrement le cas en 2016.
Mettons-nous maintenant dans une situation où ce sont deux ou trois corps d’élite de l’armée qui s’affrontent ? N’en viendrait-on à la situation actuelle du Soudan, par exemple, où depuis trois ans, deux Généraux puissamment armés et disposant de troupes, El Methi et Al Bourhane, s’affrontent. Les morts ne se comptent plus, ainsi que de nombreux déplacés, des familles entières qui, baluchons sur la tête, envahissent les routes et y errent, espérant trouver un hypothétique refuge. Ils s’agglutinent aujourd’hui dans des camps de fortune au Tchad voisin.
Avec une population gabonaise d’à peine 2millions, ce serait l’apocalypse.
Il faut alors prier que cela n’arrive et exhorter les militaires du CTRI à honorer leur engagement solennel pris publiquement le 04 septembre 2023, sans que qui que ce soit les y ai forcés, celui de restaurer les institutions et d’organiser les élections libres, transparentes, inclusives et crédibles, sans qu’ils en soient juge et partie. Puis ils regagneront leurs casernes.
Ils sortiront ainsi la tête haute de la Transition en cours et seront applaudis partout où ils iront
Ne pas honorer cet engagement, c’est exposer également le pays à d’autres dangers, extérieurs cette fois-ci, dans la mesure où certains charognards de la communauté internationale pourraient ainsi profiter de l’instabilité du pays, au cas où la situation intérieure se dégraderait pour tirer leur épingle du jeu, le crime pouvant profiter à certains pays voisins du Gabon qui rêvent de faire main basse sur le pays.
Lorsqu’on fait le bilan de la Transition en cours, on observe qu’elle est émaillée d’interrogations sans réponse, de renoncements et de revirements sans explications. Une constitution vivement contestée par une bonne partie de la population gabonaise qui a largement boudé les urnes lors de son adoption par voie référendaire ; un Code électoral lui aussi rejeté par de nombreux Gabonais et par les temps qui courent une élection présidentielle précipitée sans trop savoir pourquoi, en dépit des arguties du Ministre de l’Intérieur ; tout ceci n’augure rien de bon. Et l’on a l’impression que ces nuages qui s’accumulent dans le ciel gabonais pourront être à l’origine d’un grand orage.
Bien malheureusement et très curieusement, de tout ce parcours, la fameuse communauté internationale reste muette. Peut-être interviendra –telle quand cet orage va s’abattre sur le pays !
Les Gabonais eux-mêmes, ceux-là qui hier se prenaient pour de radicaux et farouches opposants, semblent avoir avalé leurs langues. Peuvent-ils encore s’exprimer en continuer à s’opposer la bouche pleine !