L’anticipation et la précipitation dans et avec lesquelles va se tenir le scrutin présidentiel du 12 avril 2025 présentent le risque de voir les débats se focaliser plutôt sur les personnes et les méthodes que sur des sujets de fond à même de départager les Gabonais.
Il y a ainsi de fortes de chances que l’on aille fouiller dans les décombres du passé de tel ou tel candidat et passer à côté de ces sujets importants et déterminants pour l’avenir du pays.
Déjà, avec la récente campagne référendaire portant sur l’adoption d’une constitution ; alors qu’il était question de se prononcer sur un texte d’une loi fondamentale, socle des nouvelles institutions du pays et substrat du vivre- ensemble, d’aucuns se sont empressés de tenir en haleine l’opinion sur les prouesses économiques et sociales du CTRI et son chef.
On a ainsi égrené, tout au long de ladite campagne, le nombre de kilomètres de routes construits et bitumés par les militaires en un temps record – il paraitrait que ce nombre est de 600, un véritable exploit effectivement- les hôpitaux, les écoles, les collèges et universités, les casernes de sapeurs-pompiers et de militaires eux-aussi construits et inaugurés, toujours en un court laps de temps ; les allocations et les aides financières accordées ou allouées à telle ou catégorie sociale, dont les retraités et les élèves des collèges et lycées, etc.
Personne, du moins parmi les thuriféraires du CTRI, n’a cherché à aborder et à argumenter sur les différentes dispositions de cette nouvelle constitution qui posent problème et qui suscitent de vives polémiques, au point de fracturer le corps social du pays et de mettre en péril sa cohésion ainsi que l’unité même de la nation.
On a de la sorte assisté à des comportements ubuesques, avec des personnes qui se reniaient et se condamnaient elles-mêmes. Il en est ainsi de celles ayant au moins un parent d’origine étrangère, d’autres de moins de trente ( 35) ans ou plus de soixante-dix ( 70) ans, ou encore d’autres en situation de handicap ou marié(es) à une et/ou un ou une étranger(ère), battre campagne avec détermination et passion à la faveur d’un texte de loi qui les privait d’un certain nombre de leurs droits civiques, dont celui d’être électeur et éligible à la fonction de Président de la république. Ces personnes se reconnaitront.
Lorsque les mêmes personnes ne vantaient pas les réalisations herculéennes ou pharaoniques du CTRI, en esquivant le débat central, celui de l’adoption d’une nouvelle constitution pour le pays, elles s’en prenaient alors à tous ceux s’opposaient à ce texte, le jugeant inique et donc dangereux pour la démocratie et l’Etat de droit.
Il leur été alors rappelé leur passé lorsqu’ils étaient encore aux affaires. Curieusement, ce même procès, celui d’un passé peu glorieux pour tous les collaborateurs de l’ancien système, épargnait d’autres anciens barons du régime déchu, et ils sont nombreux, qui avaient fini par faire allégeance aux militaires, estimant que ces derniers étaient plus démocrates qu’Ali Bongo Ondimba, lequel certains d’entre eux avaient brandi comme un trophée de guerre en 2009.
Eux (ces anciens barons du régime déchu) avaient droit au chapitre, l’essentiel ayant été de scander : « le CTRI, oyé, oyé, oyé », comme à l’époque du « PDG ossu, PDG ossu, PDG duma, PDG duma, PDG mbê mbê, PDG milôlô » ! Qu’est-ce que certains acteurs politiques gabonais savent se reconvertir !
La mise logique vient d’être de mise avec l’élaboration et l’adoption d’un nouveau code électoral. Hier tous les ministres de l’intérieur étaient pris pour des putschistes, pour avoir annoncé des chiffres des résultats des différentes élections présidentielles qui n’étaient pas conformes à la réalité des urnes. C’est ainsi qu’Antoine Dépadoue Mboumbou Miyakou- paix à son âme- Jean François Ndoungou- devenu un grand libérateur, révolutionnaire et donneur de leçons en matières de démocratie et des droits de l’homme, qui l’eut cru !- Pacôme Moubelet ; pour ne parler que de ces trois, c’est ainsi que ces derniers, disions-nous, pouvaient être condamnés à être brûlés au bucher, si une telle occasion avait été offerte aux Gabonais.
Aujourd’hui, le retour triomphal du Ministère de l’intérieur dans l’organisation et la gestion des processus électoraux, du début à la fin, ne pose problème à personne, surtout pas à ceux qui, jadis, criaient, à gorges déployées, aux « coups d’Etat électoraux ». Là aussi, au moment du débat portant élaboration et adoption du nouveau code électoral, ils ont choisi la stratégie de la diversion, préférant aborder d’autres sujets, lesquels n’avaient absolument rien avoir avec ce dont il était question, relatif aux conditions de l’organisation des élections au Gabon, dans la plus grande transparence.
On risque donc de revivre le même scénario avec la campagne de l’élection présidentielle déjà annoncée. Les méthodes adoptées, délibérément pour en arriver là, vont dominer les débats, ainsi que les attaques personnelles.
Les militaires et les magistrats doivent-ils être autorisés à entrer dans l’arène politique, le calendrier électoral imposé par ces militaires à tout le monde, dans la précipitation, , après que cela a été décidé dans le plus grand secret voilà, entres autres sujets, ceux sur lesquels on va s’acharner avec passion. Quand on ne rappellera aux candidats qui oseront s’opposer à celui du CTRI qu’eux n’ont pas droit à la parole, au regard de leur passé. Comme si le CRTI était lui exempt de tout péché. Comme s’il n’avait pas eu, dans le passé, les dramatiques évènements de 1994, 2005, 2009 et surtout le paroxysme atteint en 2016.
Du coup, on pourrait ne rien savoir de ce que les uns et les autres veulent faire du pays en matières d’alimentation et donc d’agriculture, en ce qui concerne la production des biens finis, c’est-à-dire d’industrialisation, en termes d’éducation et de santé, sur le plan de la protection sociale, à propos de la place du Gabon dans le monde. Les Gabonais resteront sur leur faim à propos de leurs nombreuses préoccupations quotidiennes : la fourniture d’eau et d’électricité ; le logement social et l’habitat, la sécurité des biens et des personnes, les loisirs et les divertissements etc.
En lieu et place de tout cela, on leur offrira des querelles de clochers.