Un autre coup d’Etat par les urnes

Cela fait plusieurs mois que les esprits des Gabonais sont préparés à cet autre coup d’Etat militaire, cette fois-ci par les urnes. Ainsi en a décidé le Conseil des ministres du mardi 22 janvier 2025, lequel a annoncé la tenue d’une élection présidentielle précipitée le samedi 12 avril 2025, c’est-à-dire dans presque deux mois et quelques jours.

Depuis un certain temps, certains ingrédients prémonitoires s’accumulaient au- dessus du paysage politique du pays. Dès la fin du Dialogue national inclusif, en réalité exclusif, d’Angondjé, d’avril 2024, toujours dans la même précipitation, un projet d’une nouvelle Constitution a été élaboré et adopté. Il a suscité de vives polémiques quant à son contenu, lequel consacre un régime présidentiel avec la suppression du poste de Premier ministre et l’hyper-concentration des pouvoirs, de tous les pouvoirs, dans les mains d’un seul individu, le futur Président de la République.

 La même constitution exclut une bonne partie de citoyens Gabonais de la compétition électorale, notamment en ce qui concerne le choix du Président de la République. Il s’agit de ceux-là ayant des parents d’origine étrangère ; d’autres n’ayant résidé dans le pays, de manière continue, pendant trois(3) avant le scrutin présidentiel ; d’autres encore mariés à des étranger(ères) ; ceux qui ont moins de trente-cinq (35) et plus de soixante-dix (70) ans ; ceux en situation de handicap ; la progéniture ou l’époux (se) d’un chef de l’Etat sortant. Une constitution personnalisée et donc taillée sur mesures

Et la voie royale était ainsi toute tracée et balisée pour que le nouveau prétendant au trône y accède, cette fois-ci par les urnes. Le portrait-robot du futur, et presque unique, candidat à la présidence de la République devient donc facile à dessiner. Celui que les militaires auteurs du coup d’Etat du 30 août 2023 veulent imposer au peuple gabonais

Il subsistait quelques écueils que vient de lever le nouveau code électoral, lequel consacre l’entrée des militaires dans les casernes. Ces derniers peuvent désormais se porter candidats à des élections politiques, dont la présidentielle.

 Une première dans le monde entier. Une exclusivité gabonaise. L’exception gabonaise, pourrait-on encore ajouter. Les militaires en pleine arène politique, sans qu’ils aient perpétré un coup d’Etat, mais en passant par les urnes, c’est du jamais vu dans aucune démocratie qui se respecte et dont on pourrait se référer.

 C’est vrai que l’instituteur, bardé de diplômes de doctorat en doctorat, Séraphin Moudounga, a fait récemment allusion aux cas de Georges Washington  et du Général Charles De Gaulle. Il a cependant été vite rabroué par ceux qui connaissent, mieux que lui, l’histoire. Et il s’est mis dans ses petits souliers d’instituteur, devenu docteur en doctorat, mal inspiré ou avoir mal inspiré ses leçons, les références historiques n’étant pas du domaine des profanes, quoi que docteur en doctorat.

Le système politique gabonais devient ainsi hybride, fait d’un mélange d’hommes en treillis et quelques civils.

Nul ne croirait donc plus jamais dans le pays à la parole de ces hommes en treillis, eux qui avaient juré, la main sur le cœur qu’une fois après avoir restauré les institutions et organisé des élections libres, transparentes et inclusives, ils rejoindront leurs casernes. Sous les drapeaux, ils avaient prêté le serment de défendre la patrie. Nul n’y croirait plus.

 Des hommes d’honneur en plein déshonneur, c’est très grave !

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