Le Gabon : en voie de devenir un narco-Etat comme la « Columbia »

De la « Columbia », telle est la chanson fredonnée en ce moment par les jeunes Gabonais. Les adultes aussi, y compris dans les cimes de l’Etat. L’auteur de cette chanson a été gratifié d’un certificat de nationalité gabonaise, au moment où un courant de xénophobie, que d’aucuns confondent avec nationalisme ou encore patriotisme, traverse le pays.

Pour ceux qui ne le savent pas la Colombie, un petit pays d’Amérique centrale, est un narco-Etat depuis des années. De puissants lobbies de trafiquants de drogues de toutes sortes se sont installés au cœur de l’Etat. Ils s’adonnent à la culture  et à l’exportation de stupéfiants de tous les genres : héroïne, cocaïne, chanvre indien et autres, qu’ils déversent dans le monde entier sous l’œil bienveillant des pouvoirs politiques.

 Les chefs de ces lobbies sont des intouchables. Rien ne leur arrive, à quelques exceptions près. Ils sont immensément riches et mènent un train de vie opulent et ostentatoire sous la protection, redisons –le, de ceux qui détiennent les leviers de  l’Etat.

 Cela dure depuis des années. La culture et l’exportation des stupéfiants y sont devenues des gangrènes ayant atteint l’ensemble du corps social de ce petit pays d’Amérique latine.

 Au Gabon, une vaste opération de traque et d’interpellation de petits et  grands dealers, ainsi que de consommateurs de drogues diverses a eu lieu peu avant l’élection présidentielle du 26 août 2023. Tous les quartiers sous-intégrés de Libreville furent passés au peigne fin. Dans les étroites et insalubres cellules de la Direction générale des recherches, furent agglutinés filles et garçons, presque de tous les âges. Les parents qui s’y rendaient furent tout simplement informés que les « ordres venaient d’en haut », c’est-à-dire du sommet de l’Etat, lequel avait pris la décision d’éradiquer le fléau de la vente et de la consommation des stupéfiants sur l’ensemble du territoire national.

 Décision somme salutaire et de salubrité publique.

Seulement voilà, qu’a-t-on entendu dans la nuit du 30 août 2023, lorsque le colonel Ulrich Mamfoumbi Mamfoumbi prit la parole au nom du CTRI pour annoncer, non seulement le coup d’Etat militaire, mais aussi la mise aux arrêts de Sylvia Bongo Ondimba,  Noureddin Bongo Ondimba et leurs acolytes dont les frères Oceni, Mvourandzambi, Yan Ngoulou et consorts ?

Que ces derniers étaient impliqués dans un vaste réseau de trafic de stupéfiants. On comprit dès lors que l’opération sus-rappelée n’était rien d’autre qu’une guéguerre entre les différents clans au pouvoir .Un règlement de comptes. Lequel a débouché sur le coup d’Etat militaire de la nuit du 30 août 2023.

 Ce qui revient à dire que le trafic de stupéfiants s’était installé au cœur même dudit pouvoir. Et que le Gabon était devenu, de ce fait, un narco-Etat.

La transition politique encours a-t-elle mis un terme au fléau ? Rien n’est moins sûr. Il n’y a pas longtemps, à peine deux ou trois mois, d’autres razzias de dealers ont eu lieu dans les mêmes quartiers sous-intégrés de Libreville. D’autres dealers et consommateurs de stupéfiants ont été interpelés. Certainement ceux-là qui avaient échappé à celle d’avant l’élection présidentielle du mois d’août 2023.

 La plupart d’entre eux ont été discrètement déportés dans différentes maisons d’arrêt de l’intérieur du pays. Ils y sont toujours, ce depuis 3 à 4mois, sans jugement. Les parents n’en sont pas informés, au point où certains peuvent succomber de mauvais traitements ou de maladies, sans que nul n’en soit informé. Une trentaine a été déportée et croule dans les geôles de la maison d’arrêt de Makokou par exemple.

 Qu’en disent les prétendus défenseurs des droits de l’homme ? Absolument rien. C’est motus et bouche cousue. Ces jeunes Gabonais ne sont-ils pas de présumés coupables et ne méritent pas un procès en bonne et due forme ? Cela ne semble jusqu’à ce jour préoccuper personne.

Fredonner la « Columbia » et tisser des lauriers sur la tête d’un rappeur dont les paroles participent d’une incitation à la consommation de stupéfiants ne peuvent-ils  pas, dans une telle situation, être considérés comme des encouragements à la débauche ?

 D’aucuns ne sont pas loin d’une telle conclusion.

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