Des milliers et des milliers de Gabonais étaient attendus sur le trajet allant de l’échangeur des Charbonnages au lieu-dit « Jardin botanique »-un lieu qui était devenu mythique pour l’ex famille royale des Bongo, et dont les militaires se sont appropriés-
Une foule immense et compacte y était donc attendue, pour une marche de soutien au Président de la Transition, histoire de l’appeler à se porter candidat à la prochaine élection présidentielle. Finalement, on y a observé rien que des rangs clairsemés, composés beaucoup plus de crève-la faim- qui auraient été aussi bien là, s’il avait été question de soutenir un autre potentiel candidat détenant le pouvoir- Alain Bongo Ondimba en sait quelque chose, lui pour lequel les mêmes personnes se sont précipitées à appeler à être candidat à l’élection présidentielle d’août 2023.
Ce fut le cas à Libreville, Oyem, Franceville, Mouila, koula Moutou Tchibanga. Presque dans tous les chefs-lieux de provinces où on se bousculait à cette même fin, au cours de grands rassemblements publics.
A Oyem par exemple, il eut plus de 10.000 personnes dans et autour du siège du Parti démocratique Gabonais. Les images d’archives en témoignent et les principaux acteurs se reconnaitront.
Aux crève- la faim de samedi 18 janvier dernier- que l’on a toujours, et d’ailleurs, retrouvés lors des manifestations de ce genre- se sont ajoutés des opportunistes, des profito-situationnistes, des flagorneurs de tout poil, des cireurs de bottes, des griots et des chanteurs de louanges, des renards et des tribalistes notoires. En quelques mots, des « kounabélistes »- comme on les appelle ces derniers temps- c’est à dire des gens nés avant la honte. Les mêmes qui avaient appelé à la candidature d’Ali Bongo Ondimba en 2023, en dépit de son état de santé.
Qu’est-ce qui n’a pas marché pour que ce soit un aussi menu fretin ? Une analyse objective doit probablement être faite dans les cercles du CTRI. S’il en est ainsi, la lucidité devrait amener ses membres à comprendre que la côte de popularité du Président de la Transition s’effrite ; et qu’un désamour profond s’installe progressivement entre lui et beaucoup de Gabonais.
Un désamour qui a beaucoup de chances de s’amplifier au fur et à mesure que l’on avance vers la fin de la Transition. C’est peut-être la principale raison pour laquelle veut-on précipiter la tenue du scrutin présidentiel.
Les principaux facteurs d’un tel désamour, pour aider le CTRI à y réfléchir, étant : le clientélisme politique, la constitution de lobbies ethniques de soutien à son Président ; des promesses irréalistes faites par populisme, mais enfin de compte non tenues ; la dégradation du climat social avec un chômage des jeunes toujours grandissant, un pouvoir d’achat des couches sociales les plus pauvres qui s’amenuise de plus en plus; le non-respect de la parole donnée ; l’alliance CTRI-PDG ; les détournements massifs de deniers publics et autres scandales financiers ; l’enrichissement illicite des membres du gouvernement de Transition ; le train de vie opulent et ostentatoire des membres du CTRI lui-même ; la répression et les bavures des forces de défense et de sécurité etc. Cela en fait trop en moins de deux ans seulement. Qu’en serait-il au bout de sept(7) ans ?
Telle est la question qui se pose au sein de l’opinion et qui justifie, en grande partie, le non-engouement observé le samedi 18 janvier dernier, pour une marche de soutien au Président du CTRI, afin de l’amener à se porter candidat, en sus avec son statut de militaire, à la prochaine élection présidentielle.
Au sein de ladite opinion il est répété, çà et là, un vieil adage des peuples de forêt et de savane qui dit que : « si on veut savoir de quelle manière se couche l’antilope en brousse, il n’y a qu’à observer la position du mouton dans la basse- cour ».