L’histoire politique du Gabon postcolonial s’accélère : à reculons

Après plusieurs années d’errements et d’immobilisme sur le plan démocratique, l’horloge politique gabonaise s’est arrêtée dans la nuit du 30 août 2023, stoppée net par les hommes en treillis. Cela faisait plusieurs années que les Gabonais recherchaient l’alternance politique au sommet de l’Etat, sans trouver la voie qui y mène. Tout a été essayé : Conférence nationale (1990) ; Accords de Paris (1994) ; Accords d’Arambo(2006) ;  Accords d’Angondjé 2017) ; Grande Concertation nationale 2023). Toutes ces voies ont été obstruées par l’obstination des membres d’une famille, celle des Bongo, à instaurer une dynastie dans le pays. L’ont aidée, soutenue et protégée à concrétiser cette rétrograde velléité, la plupart des acteurs politique qui déversent aujourd’hui tout leur venin sur le régime déchu d’Ali Bongo Ondimba et surtout la Garde républicaine qui détient aujourd’hui les leviers de l’Etat

En raison de graves dissensions entre des membres de la famille royale et quelques officiers de cette Garde républicaine, cette dernière s’est retrouvée dans l’obligation de perpétrer un coup d’Etat militaire, le prince héritier Noureddin et son protecteur ne s’étant pas entendus sur un certain nombre de choses. Certaines sources bien infiltrées dans ces milieux révèlent que la gestion de la manne financière destinée aux troupes qui, habituellement accomplissent leur devoir civique au bureau de vote de l’Ecole urbaine du Centre-ville de Libreville, pas très loin du Palais présidentiel, qui aurait été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

 Faute d’avoir été satisfaits financièrement, les bidasses auraient majoritairement voté à la faveur du candidat de l’opposition Albert Ondo Ossa. Où était passé le pactole qui leur était destiné ? Là gît le lièvre.

 D’où, révèlent toujours les mêmes sources, l’ire du prince qui avait promis sévir après l’élection. Et le coup d’Etat ne serait que la conséquence de cette brouille au sein de la famille royale et ses protecteurs.

Toujours est-il que l’annonce de ce coup d’Etat a été salvatrice pour de nombreux Gabonais qui s’étaient déjà résignés dans le fameux : « on va encore faire comment », face à l’obstination des Bongo à prendre tout un pays en otage. Dans les rues et les quartiers populaires de Libreville, on a jubilé, dansé, avec l’espoir que demain ne serait plus comme hier. Surtout que dès leur première prise de parole les militaires, auteurs dudit coup d’Etat ont juré, la main sur le cœur, qu’ils ne sont là rien que pour restaurer les institutions républicaines, organiser des élections libres, transparentes et inclusives, puis ils regagneront leurs casernes. Et le peuple a applaudi à se rompre les phalanges.

Puis, le ciel gabonais a commencé à s’assombrir dès la tenue du dialogue national inclusif-exclusif d’Angondjé. Non seulement il a été effectivement exclusif mais aussi, et surtout, il a accouché de recommandations antidémocratiques et discriminatoires.

 Recommandations dont se sont inspirés, en grande partie, les rédacteurs de la Constitution adoptée le 16 novembre 2024 par voie référendaire. Et le contenu de ladite Constitution est un vrai recul. Elle consacre l’hypercentralisation des pouvoirs dans les mains d’un seul homme, le chef de l’Etat ;et prive une bonne partie de citoyens de certains droits civiques, dont celui de se porter candidat à la Présidence de la République ce pour des raisons, dans la plupart des cas, subjectives.

Puis encore, est venu le code électoral. Non seulement ce dernier remet le Ministère  de l’Intérieur au centre des processus électoraux en en faisant l’organisateur du début à la fin, sans tirer des leçons des amères expériences du passé ; mais aussi il fait entrer la politique dans les casernes et les salles d’audience des tribunaux.

 Un autre recul qui pourrait avoir des conséquences lourdes et graves dans l’avenir

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