Jusque-là, en tant que citoyens, les militaires et les magistrats avaient droit d’accomplir leur devoir civique, celui de voter tout en s’abstenant de se porter candidat à une quelconque élection, la loi fondamentale le leur interdisant.
Depuis le Dialogue national inclusif-exclusif d’Angondjé, toutes les lois dont la Constitution et le code électoral sont personnalisées, à dessein. Le but inavoué étant de frayer et de baliser la voie qui mène au Palais présidentiel de marbre de Libreville à un candidat du CTRI.
C’est dans cette logique que le code électoral actuellement en voie d’élaboration et d’adoption va permettre aux militaires et magistrats de prendre part à des élections politiques en tant que candidats. Grave ! Cela n’a jamais été vécu dans aucun pays dans le monde. Curieusement, les parlementaires de la Transition ont validé cette anomalie démocratique qui pourrait coûter très cher au Gabon. Peut-on désavouer son maître !
L’armée et la magistrature sont les deux remparts de la stabilité d’un pays. Leur impartialité exigée les empêche d’avoir des partis pris dans les compétitions politiques. C’est vrai que depuis des années, la Garde républicaine gabonaise n’a jamais fait preuve de cette impartialité. Le pouvoir des Bongo lui doit sa longévité. Sans sa protection, ce pouvoir ne serait plus aujourd’hui qu’un triste souvenir. Elle constituait, cette Garde républicaine, la branche armée dudit pouvoir, cependant que le Parti Démocratique Gabonais et ses nombreux satellites assurait le service civil.
Le 30 août dernier, ladite Garde républicaine a décidé de s’emparer de tous les pouvoirs. Et la voilà aux commandes de l’Etat et joue au « j’y suis, j’y reste ». C’est la raison pour laquelle, selon le nouveau code électoral, les militaires peuvent désormais se porter candidats aux élections politiques, en ôtant momentanément leurs uniformes.
Seulement voilà, hormis leur statut, les militaires sont des hommes et des femmes comme tout autre. Ils ont des opinions et peuvent exprimer des ambitions de présider un jour, pourquoi pas, aux destinées de leur pays. Ils l’ont démontré en perpétrant des coups d’Etat.
A supposer, par exemple, que trois généraux, l’un de la Garde républicaine, l’autre de la Gendarmerie nationale et un autre encore de l’armée de terre ou des bérets rouge, expriment de telles ambitions, rappelons que chacun d’entre eux dispose de troupes et d’armes, que pourrait-il arriver au Gabon ? Ne passera-t-on pas des affrontements verbaux à la lutte armée ? Les exemples ne sont-ils pas légion en Afrique notamment, au Soudan, en Ethiopie, au Tchad et même au Congo Brazzaville voisin où se sont affrontés les Cobras de Denis Sassou Nguésso, les requins de Thyster Tchickaya, les Zoulous de Pascal Lissouba, les Ninjas de Bernard Kolélas ?
Avec cette intrusion des militaires dans l’arène politique, n’ouvre –t-on pas là la voie à des guerres civiles telles que les pays suscités les ont vécues ?
De plus, des chefs d’Etat de pays voisins qui entretiennent des relations de proximité avec un certain nombre d’officiers de l’armée gabonaise ne peuvent-ils pas opposer un de ces officiers à un autre, en suscitant et en sponsorisant une et/ou des candidatures à l’intérieur des Forces de défense et de Sécurité gabonaises.
Quant aux magistrats, ces derniers sont censés rendre la justice au nom du peuple gabonais. Là aussi, leur impartialité doit être de rigueur. En entrant, eux- aussi, dans l’arène politique, quel sort peuvent-ils réserver à leurs adversaires politiques à la barre ? De quel côté pourront-ils se retrouver dans le cas d’un litige ou d’un conflit les opposant à un adversaire politique ?
Il y a là des questions qui méritent d’être prises très au sérieux