Port en eaux profondes de Mayumba, chemin de fer Belinga- Mayumba : comme au bon vieux temps des colons

A l’époque coloniale, les voies de communication et les ports maritimes auxquels elles sont reliées n’avaient été conçus et construites rien qu’aux seules fins d’évacuer les matières premières de leurs zones d’extraction vers l’extérieur.

 Simples axes de drainage de ces matières premières, ces voies de communication construites par les colons, qui n’imaginaient pas un seul instant que les pays qu’ils dominaient puissent penser, un jour, à s’industrialiser, convergeaient généralement vers les principaux centres urbains, là il était possible d’atteindre un port.

C’est dans cette logique qu’il avait été conseillé au Président Léon Mba Minko m’Edang de construire un port minéralier à Owendo et le relier à Belinga, dans l’Ogooué Ivindo, où avait été  découvert un important gisement de fer. Il en fit son principal argument de campagne électorale en 1967, lorsqu’il fut forcé, tout en étant très malade, de se porter candidat à l’élection présidentielle de cette année, après lui a été également imposé un certain Albert Bernard Bongo comme colistier.

 La suite est bien connue. Il s’est ouverte l’ère de la rénovation- parfois rénovée- Albert Bernard Bongo ayant succédé constitutionnellement à Léon Mba Minko m’Edang, le tout orchestré par la nébuleuse Franç’Afrique.

Le port minéralier d’Owendo fut construit, ainsi que le chemin de fer Owendo- Moanda et Mounana. Ce qui permet depuis de longues de drainer le manganèse et l’uranium de ces bassins d’exploitation minière, que sont Moanda et Mounana, vers l’extérieur, via le port d’Owendo.

Plus d’un demi-siècle après l’accession du Gabon à la souveraineté internationale, les Autorités de la Transition ne changent pas de paradigme. Elles reproduisent la même logique, celle de confiner le Gabon dans le rôle exclusif de fournisseur de matières premières  pour les industries  d’ailleurs, notamment françaises, tout en perpétuant celle autre qui consiste à construire des voies  de communication servant à drainer et à évacuer ces matières premières vers des pays étrangers.

Du coup, et conformément à ces deux logiques, le Gabon doit continuer à offrir le spectacle d’être l’un des pays au monde où sont exploitées d’immenses ressources naturelles du sol et du sous-sol, tout en demeurant presqu’un désert industriel.

C’est vrai qu’en matière de chômage et d’emploi, les Autorités de la Transition envisagent la création de 163000 (sic) emplois pendant l’année 2025, en misant essentiellement sur les projets annoncés. L’annonce est alléchante et salivante.

 Cependant, est-elle réaliste et réalisable ? Le nombre, toujours grandissant de chômeurs, notamment les jeunes, qui noircit le tableau social du pays  révèle que parmi ces chômeurs, il y a beaucoup plus, et presqu’essentiellement, de jeunes diplômés nantis de masters et même de doctorats en lettres, géographie, histoire, sociologie, psychologie, droit, économie etc.

 Si tant est que les projets annoncés verront le jour, pour quels métiers vont-ils être embauchés ? N’a-t-on pas là, et une fois de plus, mis la charrue avant les bœufs, le tout dans un élan de populisme ?

Les Autorités de la Transition ne feraient-ils pas mieux de conduire, à bon terme, le processus pour lequel ils sont aux commandes du pays, celui de restaurer les institutions,  et laisser les Gabonais qui vont être élus à l’issue d’élections démocratiques, libres, transparentes et crédibles, initier de grands projets de développement économique et social ?

Question de bon sens. La rivière à emprunter un chemin sinueux et méandreux, faute de conseils.

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